Argenteuil (95) : « la rencontre d’une droite décomplexée avec l’expérience de la rue contre le mariage pour tous, et d’une gauche institutionnelle avec l’expérience des reculs sur l’égalité des droits »

Entretien. Omar Slaouti est militant du Collectif local contre les violences policières « Ali Ziri ». Avec lui, nous revenons sur les agressions qui ont eu lieu récemment dans la ville.
Peux-tu décrire les agressions racistes et islamophobes qui se sont déroulées récemment à Argenteuil ?
L’atmosphère est nauséabonde, et on a le sentiment qu’Argenteuil est devenu un laboratoire, un terrain d’expérimentation pour des nazillons et des flics zélés. Le 13 juin, Mme Leila O., se fait arracher les vêtements et une mèche de cheveux après avoir été traînée sur 50 mètres ; elle reçoit des coups de pied dans le ventre après avoir dit aux deux skinheads qui l’agressent qu’elle est enceinte (de quatre mois), elle en perdra son bébé.
Le 20 mai, Mme Rabia, traitée de « sale arabe, sale musulmane », se fait arracher son foulard, et reçoit plusieurs coups ; quelques mois plus tôt, Mme Nadia a subi le même sort, à coups de cutter cette fois-là.
Le 11 juin, ce sont des képis qui ont contrôlé sans ménagement une femme qui portait un niqab, alors même qu’elle se pliait à leurs injonctions. Elle a fini au poste, et avec elle, un jeune témoin de la scène passé à tabac.
Et à chaque fois, on a une procédure qui traîne et au bout, à l’image des violences policières, l’impunité, comme pour 95 % des agressions islamophobes.

Des signes avant-coureurs pouvaient-ils laisser prévoir de telles violences ?
Le contexte, c’est la rencontre d’une droite décomplexée avec l’expérience de la rue contre le mariage pour tous, et d’une gauche institutionnelle avec l’expérience de la gestion libérale et des reculs sur l’égalité des droits. Frigide Barjot est même venue manifester dans les rues d’Argenteuil, de la dalle jusqu’à quelques mètres du siège national de Civitas.
Dans le même temps, la chasse aux Roms et aux sans-papiers se poursuit, et l’index reste toujours pointé sur les quartiers, les Arabes, les Noirs et les Musulmans. Le résultat fait beaucoup plus mal que le score électoral du FN à Villeneuve-sur-Lot : une partie de la population est déshumanisée, les coups portés sont banalisés et même légitimés.

Comment s'organise la riposte ?
À Argenteuil, la riposte ne s’est pas fait attendre et dès vendredi 14 juin, ce sont plus d'un millier de personnes qui se sont retrouvées devant l’hôtel de ville pour réclamer justice et transparence, en demandant par exemple que soient mis à la disposition des femmes victimes et de leur avocat les enregistrements des caméras de vidéosurveillance.
La riposte, c’est aussi comprendre que les politiques au service des 1 % les plus riches et le racisme institutionnel se répondent, mais ne se réduisent pas l’un à l’autre. Dès lors, il nous faut tenir tous les fronts, impulser des dynamiques unitaires qui ne lâchent rien sur l’égalité des droits. Dénoncer le détournement de la laïcité et du féminisme à des fins racistes et islamophobes en particulier. Clément était des nôtres au rassemblement « Mamans toutes égales ».
Pour nous à Argenteuil, chacune des agressions islamophobes, la mort de ce bébé et l’assassinat de Clément se font écho et exigent un tournant radical. Le 23 juin, nous serons dans la rue pour porter le deuil, mais aussi pour exiger la justice.

Propos recueillis par Robert Pelletier

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