Après la révocation de Yann Le Merrer, construire un mouvement national contre la répression

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Yann Le Merrer, secrétaire départemental adjoint de SUD Activités postales 92, a été révoqué de la fonction publique par décision de la direction de La Poste en date du 9 janvier 2015. Le jour même où elle organisait partout des minutes de silence en réaction aux tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher... au nom de la liberté d’expression. L’hypocrisie est totale.

Yann a été révoqué officiellement pour
« intrusions répétées pendant les heures de service dans plusieurs établissements postaux, ayant nui au bon fonctionnement des services, en totale contravention avec les modalités d'exercice du droit syndical (récidive) (...) prises de parole non autorisées dans plusieurs établissements de La Poste (récidive) ; refus d'obéissance aux ordres émis par des responsables hiérarchiques en vue de réglementer l'organisation du service et d'assurer le bon fonctionnement de leurs établissements ; refus de quitter les locaux en dépit des injonctions ; absence d'information préalable des directeurs d'établissements à l'occasion de ses venues. »

Ce qui est visé, c'est la forme de lutte qui consiste à regrouper les salariés d’un établissement pour prendre la parole et la leur donner. Lors de la grève de 173 jours des postiers du 92, c’est en allant prendre la parole dans d’autres centres que les grévistes de Rueil, point de départ du mouvement, ont pu entraîner suffisamment de grévistes dans six communes pour atteindre un nombre permettant d'avoir un impact. Chaque jour, ils se déplaçaient sur divers centres, non seulement dans le 92 mais aussi à Paris, jusqu’à Aubigny dans le Cher ou à Tours.

Cette stratégie de regroupement, qui cherche à surmonter l’émiettement en de multiples centres, métiers et statuts, s’appuie sur une arme essentielle : la prise de parole, autrement dit l’AG sur le tas. Dans une entreprise où la taille moyenne des établissements est de 16 salariés, elle est la seule possible si l'on veut faire plier les patrons. C’est pour cela qu’ils cherchent à briser une des équipes syndicales qui la met en pratique, et que Yann a été révoqué.

Les procédures de licenciement de délégués syndicaux sont devenues monnaie courante à La Poste. Dans le seul Haut-Rhin, près de cinquante procédures avaient été engagées contre des délégués syndicaux au premier semestre 2014. Alors que la majorité des agents sont désormais contractuels de droit privé, les sanctions et licenciements de responsables syndicaux se sont accélérés ces dernières années. La Poste s’attaque maintenant à un militant qui bénéficiait du statut de fonctionnaire. L’Etat, actionnaire majoritaire, est évidemment impliqué.

C’est un « tabou » qui saute : révoquer un responsable syndical fonctionnaire pour des raisons militantes n’était pas arrivé depuis 1951, quand deux postiers responsables de la CGT avaient été exclus de la fonction publique pour avoir signé une pétition en faveur de la paix entre les peuples d’Allemagne de l’Est et de France. Ils avaient fini par être réintégrés… en 1981.

Le problème que pose la révocation de Yann est simple : s’il n’est pas réintégré, cela signifie que plus personne n’est à l’abri, y compris dans la fonction publique.

La réaction militante a été plus large que lors de précédentes procédures disciplinaires ou pénales contre des syndicalistes postiers. Ce n’est pas seulement la fédération SUD-PTT qui a réagi, mais également la CGT-FAPT. Le rassemblement local du 20 janvier à Nanterre a réuni près de 300 personnes. Un milieu militant plus large qu’à l’accoutumée se sent concerné par le sort de Yann. Il est possible de fédérer les équipes militantes frappées par la répression dans le monde du travail et dans les mouvements sociaux. Regrouper les militantes et militants concernés, défendre le droit à s’exprimer, à s’organiser, à manifester et à faire grève sera décisif pour préparer les confrontations sociales qui nous attendent.

Ornella Chesnutt

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