Une année de développement de la solidarité avec les migrantEs

Retour sur l'année 2018, marquée par des avancées importantes du mouvement de solidarité avec les migrantEs. D’abord par le nombre de personnes engagées dans les mobilisations multiformes, mais aussi par une prise de conscience du rôle essentiel de la solidarité et de l’unité pour lutter ensemble contre ce gouvernement assassin.

Une marche réussie dans la neige et la tourmente...

La marche des solidarités du 17 mars a rassemblé plusieurs milliers de FrancilienEs et de manifestantEs venuEs en cars de toute la France. Elle dénonçait les politiques migratoires honteuses, le projet de loi Asile-immigration et exigeait l’égalité et la justice sociale. 

L’idée était de faire converger les luttes contre les violences policières et celles contre la chasse aux migrantEs. La conscience que toute politique raciste porte en elle les politiques sécuritaires et antisociales contre tous et toutes ­s’exprimait clairement. 

Cette journée a permis de rendre visible la nécessaire riposte contre les violences policières, contre les politiques migratoires et contre la casse sociale : même violence d’État, riposte commune !

Les revendications communes étaient la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous, la régularisation de touTEs les sans-papiers, l’égalité des droits. D’où l’engagement pour un front antiraciste offensif et permanent.

Les premierEs concernéEs… au premier rang

La seconde leçon de l’année 2018 a été l’ampleur de la mobilisation des premierEs concernéEs, celle des familles des victimes, mobilisations tout à la fois à caractère familial, de quartier et très politiques. Et mobilisations de jeunes migrantEs dans de nombreuses facs, à Paris 8, Toulouse, Lyon ou encore Grenoble. De jeunes migrantEs, étudiantEs ou non, organisent avec les étudiantEs des réquisitions d’amphis et s’y installent. Ils et elles gagnent peu à peu le soutien actif des associations, de certains enseignantEs, voire de leurs syndicats, et s’imposent comme interlocuteurEs directs auprès des présidents de fac et des différentes institutions. De même, des collectifs de mineurEs isoléEs et jeunes majeurEs se sont organisés, soutenus par différentes associations ou réseaux, dont RESF, pour défendre leurs droits. Une grande première dans certaines villes.

La mobilisation sur les facs a renforcé les coordinations de solidarité avec les migrantEs existant déjà dans certaines villes. Les réquisitions de lieux se sont multipliées et diversifiées, permettant des liens forts entre migrantEs et de nombreuses associations, bousculant les institutions publiques. 

La question des frontières

Une manifestation nationale et transalpine s’est déroulée à Menton le 30 mars. Une mobilisation en mémoire de touTEs les mortEs en Méditerranée – plus de 2 000 cette année, au moins 17 000 depuis 2014 officiellement recensés par l’ONU – ou dans les Alpes. Une manifestation pour crier qu’« on en a marre » et qu’on est toujours là pour que cela cesse. Une mobilisation pour soutenir les militantEs des différentes vallées et cols de passage des Alpes. Là encore, les migrantEs sont bien présents, en tête de cortège, leur mot d’ordre « De l’air, de l’air ouvrons es frontières » est très largement repris.

Cette année, la mobilisation aux frontières n’a pas faibli. Des actions de solidarité concrète et politique : l’accueil, les soins, les accompagnements, les manifs, les meetings, les occupations, les procès... Cette année, aux frontières, mais aussi dans de nombreuses régions, des milliers de personnes qui n’étaient pas militantes ont découvert ce scandale du 21e siècle : des migrantEs, souvent jeunes, parfois mineurEs, cherchant refuge dans le pays dit « des droits de l’homme » meurent ou survivent à peine, pourchassés, de camps en foyers, assignés à résidence ou enfermés en centre de rétention... Ils et elles se sont engagés de diverses façons, beaucoup se politisant peu à peu, comme l’expliquent beaucoup d’entre elles et eux. 

La solidarité en procès

Ce sont ces élans que certains appellent fraternité et beaucoup solidarité que l’État veut casser. Casse du travail, casse des protections sociales, mise en concurrence des salariéEs, politiques racistes, islamophobes… visent à empêcher l’union de ceux et celles d’en bas. La solidarité autour des migrantEs nous a permis, au-delà des militantEs et associations habituels, d’élargir le nombre des personnes impliquées, le nombre des actions multiformes dans tout le pays. Multitude d’actes solidaires et journées d’action visibles : c’est ce que redoute le gouvernement. La justice a alors frappé fort contre les personnes solidaires, y compris avec des peines de prison avec sursis (jusqu’à un an) pour les 7 de Briançon et de la prison ferme (4 mois pour deux d’entre elles). Justice de classe, justice partiale qui laisse impunis les identitaires qui occupent le col de l’Échelle et terrorisent les jeunes migrantEs, et qui criminalise celles et ceux qui leur viennent en aide. Nous étions plus de 2 000 lors du procès de Gap le le 8 novembre. Et nous serons plus encore lors du jugement en appel !

Le 18 décembre, journée internationale des migrantEs

10 000 manifestantEs à Paris, pas vu depuis 10 ans, des manifestations aux flambeaux dans 60 villes, deux marches aux frontières à Menton et au Perthus, des milliers de sans-papiers organisés dans des collectifs pour exiger la liberté de circulation, la fermeture de centres de rétention. Cette fois l’unité est au rendez-vous à Paris et dans de nombreuses villes, avec la CGT, la FSU, la CNT, Solidaires, ainsi que le comité Adama, le collectif Rosa Parks, le collectif Vies volées et de nombreuses associations des immigrations, des quartiers...

L’urgence de se battre ensemble contre la montée des nationalismes, des racismes et des fascismes dans toute l’Europe est mise à l’ordre du jour, ainsi que la nécessité de construire des solidarités face aux politiques d’austérité et de répression qui frappent l’ensemble des populations. 

Roseline Vachetta

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