Un procès des violences policières, racistes et anti-jeunes

L’événement est assez rare pour être relevé : les 21 et 22 février 2018, quatre policiers du commissariat du 12e arrondissement, membres du mal nommé « groupe de soutien de quartier » et qui se font appeler « les tigres », en référence à un signe distinctif figurant sur leur écusson, étaient jugés à la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Ce procès fait suite à une plainte collective déposée le 17 décembre 2015 par dix-huit garçons et filles, tous « FrançaisEs d’origine étrangère » et la plupart mineurEs, pour violences volontaires  aggravées, agression sexuelle aggravée, destruction volontaire d’objets appartenant à autrui, séquestration et arrestation arbitraire, abus d’autorité et discrimination. La pratique policière la plus « anodine » étant de procéder à un contrôle d’identité sur une personne que l’on connaît pour l’avoir déjà contrôlée maintes fois dans le passé (comme le montre une vidéo diffusée le 13 février par Mediapart), puis de l’emmener au commissariat si elle n’a pas sur elle ses papiers d’identité – et alors, face aux provocations et humiliations, gare à tout ce qui serait assimilé à de la « rébellion » ou de « l’outrage ».

Des « dérapages » ou un système ?

Un collectif d’avocats a décidé de soutenir ces jeunes et une série d’organisations démocratiques et syndicales (dont la Ligue des droits de l’homme, Human Rights Watch, le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature) se sont engagées à leur côté. Cela aura certainement aidé à ce que, une fois n’est pas coutume, l’affaire ne soit pas enterrée.

Une enquête de l’IGPN (la « police des polices ») a examiné des accusations concernant 44 faits et impliquant quinze policiers, mais elle en a écarté la plupart en les considérant insuffisamment étayées et la justice les a classées sans suite. Les avocats des jeunes ont fait appel de cette décision. Le parquet n’a donc cité devant le tribunal correctionnel que quatre policiers, pour trois faits susceptibles de relever de « violences par personnes dépositaires de l’autorité publique ». La procureure a requis la relaxe pour l’un d’entre eux et, pour les trois autres, des peines allant de trois à cinq mois de prison avec sursis, complétées d’une interdiction d’exercer pendant trois mois. Le jugement a été mis en délibéré au 4 avril 2018.

En d’autres termes, face au scandale, les institutions répressives ont lâché un peu de lest, mais elles l’ont fait pour mieux continuer à se défendre sur l’essentiel. Elles peuvent reconnaître quelques « dérapages », mais doivent nier l’existence d’un système qui est tourné contre les jeunes des quartiers populaires. C’est ce qu’à l’inverse nous devons contribuer à mettre en évidence, tout en aidant à mobiliser, dans ce cas comme dans tous les autres, contre des violences policières qui ne cessent de s’aggraver.

CorrespondantEs

 

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