Sans-papiers : Un coup décisif contre l’exploitation

Depuis plus d’un an, la campagne « Travail au noir des sans-papiers » mène un travail de convergence1 sur des mots d’ordre de régularisation des travailleurs sans-papiers, de renforcement de l’inspection du travail et de fin des discriminations à l’embauche. 

Elle a enchaîné les manifestations jusqu’au galop d’essai du 27 janvier, au cours de laquelle l’Unité départementale 75 de l’inspection du travail a été occupée toute une journée. Le ministère du Travail gardant le silence, l’action a repris le 29 mars. La cible était cette fois-ci la Direction générale du travail, dans le 15e arrondissement de Paris.

À 12h30, 350 sans-papiers ont envahi la cantine et distribué des tracts expliquant leur action. Une délégation a immédiatement été envoyée au 13e étage, pour rencontrer le directeur général du travail. Avec l’arrivée de forces de police conséquentes au pied de la tour, tous les sans-papiers  se sont alors invités au 13e étage, lequel est devenu « l’étage occupé » pour tout le reste de l’action, ce qui bloquera par ricochet la rédaction des amendements à la loi travail pendant une journée entière !

S’ensuivent d’âpres négociations en direct avec le ministère du Travail, faites de menaces et de coups de Jarnac. Les sans-papiers tiennent bon, refusent de lâcher le 13e étage : la pression policière est levée et l’occupation tient la nuit. Le lendemain, c’est le siège : l’immeuble est fermé au public, les représentants de la CGT interdits de local syndical... Impossible de passer la nourriture.

Une négociation arrachée par la détermination

Le soutien s’organise : chaînes de textos, rassemblements au pied de l’immeuble, mails d’interpellation à Myriam El Khomri. Les assiégeants lâchent sur la nourriture, et finiront par jeter l’éponge, permettant aux sans-papiers et aux soutiens syndicaux restés dehors de rejoindre l’occupation. Entretemps, la situation se débloque : un rendez-vous est arraché en fin de journée rue de Grenelle, où le ministère accepte enfin de négocier sur la base des revendications communes aux sans-papiers et aux agents !

Puis, craignant la convergence avec les manifestations du lendemain, les pouvoirs publics rompent les négociations et envoient la troupe, qui évacue de nuit sans ménagement, faisant un blessé léger. Néanmoins, les sans-papiers et leurs alliés syndicalistes ont, en bloquant ce lieu public pendant 42 heures, remporté un énorme succès. En ne cédant sur rien, ils ont fait la preuve de leur volonté de vaincre et ont fait reculer le ministère : les négociations se poursuivront, sous la menace de nouvelles actions !

Correspondant

  • 1. Intersyndicale du ministère du Travail (CGT, FSU, Solidaires) et plusieurs collectifs de sans-papiers (Droits devant !, Coordination 93, et CTSP-Vitry), auxquelles s’adjoignent des forces associatives (Gisti) et syndicales (CGT et Solidaires Paris).

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