Sahraouis : « Expulsés de notre terre, le Sahara occidental, envahie par l’Espagne puis par le Maroc »

Entretien. Sahraouis, ils sont 200 jeunes à vivre dans un campement précaire sous un pont à Bordeaux. Demandeurs d’asile, ils n’ont droit à une allocation de 350 euros qu’au bout de 6 mois minimum. Et alors qu’ils devraient bénéficier de par la loi d’un hébergement, d’un suivi administratif et social, ils sont à la rue, parfois depuis deux ans déjà. Mais l’entraide, l’aide individuelle ou celles de l’ASTI, la LDH, la CIMADE, le soutien de militants et leurs convictions, les aident à tenir et à avancer. Après leurs interventions à la fête du NPA 33, au meeting du comité jeunes et à une rencontre militante à notre local, Luchaa, Michan et Bahadi ont répondu à nos questions.

Pourquoi chercher refuge à Bordeaux ?

Luchaa : La migration de personnes de notre génération en France est nouvelle. Venant pour la plupart de camps de réfugiés à Tindouf, en Algérie, nous y avons souvent étudié, ainsi qu’en Espagne, en Lybie, à Cuba et au Venezuela.

Mais nous avons été récemment contraints de partir vraiment, après avoir été expulsés de notre terre, le Sahara occidental, envahie par l’Espagne puis par le Maroc. Les Sahraouis vivant dans les territoires occupés par ce pays, qui sont aussi les plus prospères, avec la capitale Laâyoune, et surtout les mines (fer, phosphate…) et une côte très poissonneuse, sont des parias dans leur propre pays. Ils sont durement réprimés s’ils se révoltent. Le Maroc les a séparés par un mur de 2 700 km rempli de mines anti-personnel des 30 000 autres Sahraouis vivant dans la partie libérée par le Front Polisario, une zone quasi désertique et inhospitalière reconnue comme État par 84 nations,mais par aucune grande puissance mondiale. 120 000 autres Sahraouis, soit presque la moitié de la population sahraouie, vit dans des camps en Algérie, chassée par la guerre du Maroc contre le Front Polisario, guerre au cours de laquelle le Maroc a utilisé du phosphore blanc et du napalm contre les civils en lutte contre l’occupation, avec la complicité des grandes puissances.

Interdits de séjour sur notre propre terre, parqués dans des camps en Algérie, nous avons été poussés à tenter l’asile politique en même temps qu’une vie meilleure pour nous et les nôtres. Nous ne demandons pas de l’aide, nous menons un combat politique.

La vie dans les camps était précaire, bien que solidaire. Mais depuis le 23 octobre, c’est devenu un enfer. Des pluies d’autant plus torrentielles qu’elles sont rares dans le désert ont inondé nos camps : du jamais vu depuis 40 ans que nous y vivons. Il y a eu en peu de jours plus de 90 000 victimes, dont 25 000 sans logis.

Que peuvent faire les militants ici en France ?

Michan : La France et l’ONU disent depuis le cessez-le-feu de 1991 entre le Maroc et le Front Polisario qu’il faut une solution politique : organiser un référendum pour l’autodétermination du Sahara occidental sous l’égide de l’ONU et de sa mission spéciale, la MINURSO. Mais en même temps, la France oppose toujours son veto à l’ONU pour la tenue du référendum !

En 1977, l’aéroport de Mérignac a vu décoller des Jaguar destinés à bombarder les villages rebelles sahraouis. Plus récemment, lors de sa visite au Maroc en septembre dernier, Hollande a promis la Légion d’honneur à Abdellatif Hammouchi, directeur de la Sécurité nationale et tortionnaire avéré. La semaine suivante, Mohammed VI, dont le père Hassan II a fait ses études à Bordeaux, y est venu en voyage privé.

Bahadi : Les intérêts de la France sont politiques et économiques. Il y a eu des campagnes internationales de boycott de produits issus des côtes sahraouies. Mais la France continue à exploiter des espaces maritimes du Sahara occidental. La France a besoin du pétrole, du fer extrait du Sahara occidental.

Alors, aidez-nous, partis, associations, à faire entendre la voix de notre peuple pour sa liberté, et à dénoncer le pillage par la France et les puissances impérialistes de nos richesses, mais aussi des hommes comme nous obligés de fuir le Sahara.

Propos recueillis et traduits de l’espagnol par Mónica

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