Répression des migrantEs : à faire tomber les murs !

Boulogne-sur-Mer est déserte ce lundi 22 février, particulièrement sur la place où se trouve le tribunal...

Depuis le matin, les médias annoncent le procès qui va se tenir là contre 8 inculpés montés dans un ferry à l’issue de la manifestation de solidarité avec les migrants à Calais. Deux Français comparaissent libres. Témoignage de la manière dont sont traités les migrants, les 6 autres – Afghans, Soudanais, Syrien – sont détenus depuis un mois. Ils pénètrent dans le tribunal, encadrés par une imposante escorte, menottés comme des criminels.
Si les rues de Boulogne sont vides, la salle est bondée. Et les migrants sont salués par une longue salve d’applaudissements, malgré les menaces d’évacuation. Ce procès est un match sur terrain adverse (un tribunal), mais les choses sont claires dès le départ : c’est notre camp qui a mobilisé...

Tous les signaux sont au rouge. La manifestation du 23 janvier a suscité une levée de boucliers, des réunions de crise ont été organisées, Cazeneuve a promis des sanctions. Et le procès se tient alors que le gouvernement fait monter la sauce sur une évacuation massive de « la jungle »...

Une manifestation nocturne a eu lieu à Paris, deux jours plus tôt, avec 300 participantEs. Les flics ont dû bloquer la gare du Nord pour empêcher les manifestants d’y entrer aux cris de « Paris - Calais, solidarité ! ». Un communiqué a été signé par des associations et organisations. Et ce lundi, plusieurs voitures et mini-cars sont partis de la région parisienne : une quarantaine de migrants et soutiens rejoints à Boulogne par d’autres venus de Lille et de Calais.

Des peines décalées...

Le procureur est un réac vicieux... Il dénonce un complot : la manifestation aurait été organisée dès le départ dans le but d’envahir le ferry, et les migrants se seraient laissés manipuler. Il tempête, exige plusieurs fois d’évacuer le tribunal pendant son réquisitoire devant les réactions, remarques et quolibets de la salle.

Tout cela pour aboutir à des peines décalées. Le pouvoir n’a pas voulu prendre le risque de lourdes peines. Les migrants sont condamnés à un mois de prison, c’est-à-dire à la peine déjà effectuée : une manière pour l’État de couvrir ses procédures arbitraires. Les deux soutiens sont condamnés à des amendes symboliques. La dissymétrie entre Français et étrangers est encore une illustration du racisme d’État : il n’y a décidément que sur le terrain de la répression que les migrants sont traités comme des « êtres responsables » !
à l’annonce du verdict la salle salue une nouvelle fois les inculpés aux cris de « Solidarité avec les réfugiés ! ». Le procureur est livide et les flics impuissants. La manifestation continue jusqu’à l’extérieur : « Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons les centres de rétention », « Say it loud, say it clear, refugees are welcome here » ! Pendant un moment, Boulogne revit : grâce aux migrants.
Le lendemain, deux migrants sont libérés. Les quatre autres sont envoyés au centre de rétention pour être expulsés vers l’Italie. La sale politique continue. Le combat aussi. Par des réfugiés, nous savons que quelques-uns ont réussi à passer en Angleterre, cachés dans le ferry occupé. Ce lundi, nous apprenons aussi que plus d’une centaine ont franchi le tunnel le 23 janvier, profitant du fait que les flics étaient occupés par la manifestation...

Pour ses habitantEs comme pour les migrants, Calais se meurt d’une politique, qui nie sa vocation de passage et d’échanges, et l’a transformée en ville barbelée et sinistrée. Elle est le symbole d’une société qui meurt dans son jus. Mais la résistance des migrants et la solidarité montrent que la vie est tenace. à faire tomber les murs. Tous les murs.

Denis Godard

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