Projet de loi « asile et immigration » : toujours plus loin dans les politiques racistes

Jeudi 11 janvier, une trentaine d’associations de soutien aux migrantEs étaient reçues à Matignon afin que leur soit présenté le projet de loi « asile et immigration ». 

L’un des objectifs d’Édouard Philippe était de mettre en place le suivi d’une circulaire particulièrement scandaleuse qui impose un contrôle des étrangerEs accueillis dans des centres d’hébergement d’urgence. Circulaire contre laquelle 27 associations ont déposé un recours devant le Conseil d’État. Jugeant le projet de loi inacceptable et se refusant à participer à une parodie de consultation, le Gisti (Groupe d’information et de soutien aux immigrés) et Médecins sans frontières ont refusé l’invitation à la rencontre. À juste titre : celle-ci a en effet montré le refus total du gouvernement du moindre dialogue avec les organisations réunies, pourtant unanimes dans leur dénonciation d’un projet de loi dénoncé comme « inhumain et technocratique » par le président de la Ligue des droits de l’homme Malik Salemkour.

Durcir les conditions d’obtention de l’asile

Ce projet a en effet pour objectif de durcir encore les conditions pour l’obtention de l’asile en France et de renforcer les pouvoirs de l’État dans la coercition contre les personnes sans papiers. Ainsi, il réduit les délais d’étude des dossiers de demande d’asile avec des procédures accélérées passant de 120 à 90 jours. Or, ce temps de délai est essentiel pour les migrantEs. Il est en effet nécessaire pour préparer correctement les difficiles dossiers permettant de démontrer les dangers courus par la personne dans son pays d’origine. Récolter les documents et preuves, les faire traduire, prendre connaissance de ses droits : tout cela demande en effet du temps. Quant au recours en cas de refus de l’asile, il serait réduit à moins de 15 jours (c’est-à-dire rien) et ne serait plus forcément suspensif pour une expulsion. Les conséquences en seraient claires : davantage de réfugiéEs ne pouvant accéder à l’accueil indispensable pour protéger leur vie, et donc expulsés vers un sort tragique ou plongés dans la précarité d’une vie « sans-papiers ». Autre mesure inacceptable, l’augmentation de la durée maximale de rétention administrative de 45 à 90 jours, soit 3 mois de prison juste pour n’être pas en règle administrativement.

Racisme d’État décomplexé

Si certaines associations reçues jeudi se sont dites surprises de l’absence totale de dialogue de la part du gouvernement, ces mesures ne sont malheureusement pas étonnantes. Elles se situent dans la ligne droite d’une politique raciste qui, sous Macron, atteint des sommets que ni Sarkozy ni Hollande et Valls n’avaient osé gravir. Derrière ce racisme d’État décomplexé, les enjeux sont nombreux pour le gouvernement. Il s’agit bien sûr de mener sur ce terrain la politique la plus à droite possible afin de s’assurer le soutien de la frange la plus xénophobe de la population française et de ses élites. Mais derrière, il y a d’autres motivations. Petit à petit, le gouvernement met en place un État d’exception dont les mesures anti-migrantEs sont une pièce : militarisation des zones frontalières comme dans la vallée de la Roya, accroissement de l’arbitraire policier, banalisation de l’enfermement administratif, recul des droits à un hébergement, à la scolarisation, à la vie de famille, à la libre circulation, répression des militantEs... Derrière la loi « Asile et immigration », c’est encore une attaque brutale contre les droits démocratiques qui est menée. Cela exige donc une réponse unitaire forte et urgente de l’ensemble du mouvement social.

José Rostier

 

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