Politique migratoire : Y a pas d’arrangement...

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Antiracisme
actualité

La politique (anti)migratoire est un choix politique fait par les pouvoirs en place et tous les partis dominants. C’est un choix lourd de conséquences tant pour les migrantEs qu’il humilie et qu’il tue que pour la société dans son ensemble qu’il modèle.

Il n’y a pas de crise migratoire

Il n’y a pas de crise migratoire mais une politique contre les migrantEs qui se nourrit vicieusement des conséquences qu’elle provoque : les morts, la vie à la rue, le racisme.

Les chiffres sont dérisoires. L’an dernier, selon l’Ofpra, 80 000 demandes d’asile ont été enregistrées en France. Il y a eu 47 000 entrées de plus sur le territoire français que de sorties... soit moins de 0,1 % de la population. Ceci dans un pays où la proportion d’étrangerEs est parmi les plus basses d’Europe. Et puisque l’on parle de migration, il faut aussi préciser que l’Insee estime qu’il y a près de 3,5 millions de migrantEs… français à l’étranger.

Il n’y a pas de crise migratoire sur le plan économique : toutes les études convergent vers la conclusion que l’immigration est économiquement bénéfique pour le budget de l’État.

Il n’y a pas non plus de crise migratoire sur le plan du logement : il y a 2,6 millions de logements vides en France... pour moins de 2 millions de personnes mal logées, qu’elles soient françaises ou étrangères.

Une logique aberrante…

La seule hypothèse qui n’a jamais été étudiée par les institutions internationales est celle de l’ouverture des frontières. Des chercheurs de différents pays ont décidé de s’y intéresser. Leurs projections sur 25 ans contredisent le mythe de l’afflux massif et concluent à un équilibrage des flux.

Nous sommes dans un système qui a développé des moyens de circulation considérables et qui, dans le même temps, ne cesse d’accumuler les entraves à la circulation. Ainsi, après avoir construit un tunnel sous la Manche, on construit murs et barbelés et des systèmes sophistiqués de surveillance… pour empêcher de l’utiliser ! Le même pouvoir qui veut imposer la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes interdit aux migrantEs l’utilisation des avions pour venir en Europe. Il suffit de moins d’une journée, sans risque, pour des trajets que les migrantEs mettent parfois des années à parcourir au péril de leur vie.

… mais qui façonne nos sociétés

Cette politique est dramatique pour les migrantEs. Elle façonne aussi toute la société et imprègne toutes les manières de vivre et de penser.

Les politiques anti-migratoires contribuent à justifier une mise sous contrôle de tout l’espace public, de la capacité à y circuler comme à en user. C’est le même système qui contrôle au faciès, fouille les sacs, vidéo-surveille, segmente nos territoires et nasse les manifestations (quand il ne les interdit pas...).

C’est la même logique qui multiplie les lieux de contrôle et d’enfermement, des centres d’hébergement aux centres de tri, des centres de rétention aux prisons ; qui donne de plus en plus de pouvoirs à la police pour les remplir ; qui limite toutes nos libertés au nom de la sécurité.

C’est la même logique qui nie toute humanité aux migrantEs et déshumanise tous les rapports sociaux. Et qui, dans le même geste, développe le racisme et le nationalisme.

Notre logique est antagoniste

On ne peut améliorer cette logique.

Nous sommes avec les migrantEs, contre la police, contre l’État et tous ceux et celles qui collaborent à sa politique. Nous voulons construire, aux côtés des migrantEs, tout ce qui favorise leur dignité dans la lutte pour obtenir ce à quoi ils et elles ont droit. Qu’il s’agisse d’un lieu occupé, un campement précaire ou un centre d’hébergement, nous sommes à leurs côtés dans le combat pour obtenir et organiser des conditions de vie décente, la régularisation administrative de leur situation, sans délai ni critères.

Nous revendiquons la réquisition de tous les logements vides avec et pour touTEs les mal-logéEs. Nous défendons le droit de prendre et d’occuper ce que l’État refuse d’accorder.

Nous défendons les campagnes pour la fermeture de Frontex et de tout le système de contrôle aux frontières, pour la fin des contrôles au faciès et le désarmement de la police.

Nous dénonçons tous ceux et celles qui versent des larmes de crocodile quand des migrantEs meurent en Méditerranée... et refusent la seule mesure capable de mettre fin immédiatement au massacre : l’ouverture des frontières.

Nous exigeons la fin des interventions militaires et des traités qui pillent les pays du sud.

C’est dans ces luttes que nous voulons contribuer à tisser ici et maintenant des rapports d’égalité, d’échanges et de solidarité. C’est ainsi que nous voulons contribuer à reconquérir collectivement les espaces où nous vivons, où nous travaillons, où nous passons. C’est ainsi que nous voulons mettre à bas ce monde de l’atomisation, de l’exploitation et de la guerre.

Denis Godard

 

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