Plan migrants : esbroufe, saupoudrage et répression

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Antiracisme
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« Nous ne sommes pas à la hauteur de ce que devrait être la France ». C’est par cet acte de contrition qu’Edouard Philippe a cru pouvoir entamer sa présentation du « plan migrants » hier matin devant la presse. 

Esbroufe
Comment faire autrement alors qu’associations, maires, magistrats et jusqu’au « défenseur des droits » Jacques Toubon issu de sa famille politique, sonnent l’alarme devant la situation dramatique que vivent des milliers de migrantEs et réfugiéEs depuis des mois ? Attaqué de toute part, le gouvernement n’avait alors plus d’autre choix que de « communiquer » rapidement dans la novlangue qu’il affectionne. Mais n’est pas bon comédien qui veut, et le Premier ministre hier s’est révélé n’être qu’un piètre Tartuffe.
 
Saupoudrage
Mesure phare de ce plan, la création en deux ans de 12500 places dont 7500 pour les demandeurs d’asile, et 5000 pour les « réfugiés » ne répond en rien à l’urgence de la situation et aux besoins exprimés par les associations de soutien. Elle n’est qu’un énième réajustement de circonstance, chiffré « à la louche », destiné à masquer l’absence de volonté de mettre en œuvre une réelle politique d’accueil des gouvernements qui se sont succédés. 
Les centres d’accueil et d’orientation (CAO) sont pleins, et les centres d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) ne prennent en charge que 40% des demandes. On nous présente par ailleurs comme un élément positif la réduction des délais de la procédure administrative pour les demandes d’asile alors que dans le même temps des organismes sous-traitant les enregistrements pour les préfectures… ferment. Ce n’est plus Tartuffe, mais Ubu !
 
Répression
C’est à coup sûr sur le volet répressif du plan que le gouvernement a l’intention d’exceller : « Les déboutés du droit d’asile feront systématiquement l’objet d’une mesure d’éloignement ». Maltraités, mal informés, seuls 28% des demandeurs d’asile sont actuellement régularisés. Quant aux autres, classés uniformément sous le vocable de « réfugiés économiques », ils n’auront d’autre choix que de retourner à la clandestinité et échapper aux rafles policières avant de trouver des cieux plus accueillants. Il faut faire moins, et plus vite, alors on compte accélérer les procédures d’expulsions et de reconduites aux frontières, y compris dans des pays en guerre !
 
Organiser la riposte
Ce nouveau plan migrants soulève un tollé quasi général. La mairie de Paris elle-même se dit « déçue par son manque d’ambition ». Les militantEs internationalistes et antiracistes ont pour leur part des propositions concrètes à proposer pour résoudre la crise actuelle :
- La régularisation immédiate de tous les sans papiers quelque soit leur pays d’origine
- L’arrêt des poursuites judiciaires pour « aide à étranger en situation irrégulière »
- L’arrêt immédiat des violences policières racistes contre les migrantEs et réfugiéEs. 
- La dénonciation des accords de Dublin qui contraignent les réfugiés à faire une demande d’asile dans le pays par lequel ils ont rejoint l’Europe, et non celui dans lequel ils souhaitent résider.
- La dénonciation des accords du Touquet qui permettent à l’Angleterre d’interdire  l’accès aux demandeurs d’asile, les services d’immigration se trouvant en France.
 - La mise en place de corridors humanitaires pour stopper l’hécatombe en Méditerranée.

Alain Pojolat

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