MigrantEs à Paris 18e : on veut l’égalité !

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Antiracisme
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C’est un rond-point pelé et glauque à 100 mètres  de la porte de La Chapelle. Un entre-deux, après le périph et l’autoroute et avant l’animation des cafés, de la Poste et des commerces de Marx-Dormoy.

Après la destruction des campements de Calais et de Stalingrad, des campements s’étaient formés sous le périph. Ceux-là aussi ont été évacués et la police s’emploie chaque nuit pour que les migrantEs ne puissent s’y réinstaller. Même les distributions de repas y sont interdites.

Des droits, pas la charité

Pendant un temps ils avaient pu se regrouper sur ce rond-point. Mais désormais, ici aussi, la police empêche tout regroupement pour la nuit. C’est là pourtant que convergent plusieurs centaines de migrantEs, chaque jour, pour une distribution de petit déj le matin et une distribution d’un repas le soir.

Le reste du temps ils se dispersent et se cachent. Loin des yeux de la ville. Pour que le gouvernement et la mairie de Paris puissent prétendre qu’ils n’existent pas. Pour empêcher aussi que se créent les conditions pour pouvoir s’organiser. Mais facilitant ainsi toutes les embrouilles et les conflits, et justifiant le renforcement du contrôle policier sur tout le quartier.

C’est là qu’il y a quinze jours des soutiens ont discuté avec des migrants, francophones de Guinée, arabophones du Soudan, anglophones d’Erythrée et d’Ethiopie. Et aussi des Afghans. Exigeant l’anonymat, fuyant les caméras parce que là où ils venaient chercher asile ils n’ont obtenu que plus de peur encore.

Alors ils ont écrit, chacun dans leur langue, leurs demandes convergentes. Redisant dans un même élan qu’ils remercient ceux et celles qui leur apportent leur aide mais que ce qu’ils veulent n’est pas la charité. Et décidant que si c’est une question de droits et pas de charité alors ils se lèveront et manifesteront. Et que c’est aussi ainsi qu’ils reprendront de la dignité car celle-ci ne peut être donnée. Elle se gagne et elle se respecte.

Ils étaient quelques dizaines au départ, qui ne se connaissaient pas mais se retrouvaient, là, sur ce rond-point, à l’occasion de l’unique distribution d’un repas, qui ont décidé qu’ils voulaient manifester. Nous étions quelques-unEs, du quartier, à avoir les liens et quelques ressources collectives pour imprimer des tracts, faire circuler l’info sur les réseaux sociaux. Ça a été relayé par des associations, des collectifs du quartier et un collectif du 20e.

« Liberté, Hourriya, Azadi »

Le temps que les tracts sortent, la plupart de ceux qui avaient décidé la manifestation n’étaient plus là. Ceux et celles qui font les distributions l’ont remarqué : il a suffi d’un projet d’action collective pour que plusieurs centaines soient envoyés vers des hébergements d’urgence !

Tant mieux. Mais qu’importe. Parce que rien n’est réglé. Parce qu’on sait que la plupart seront remis à la rue. Parce qu’il y en a tant d’autres qui y sont toujours. Parce que ces efforts de la mairie et de la préfecture pour casser le moindre élan de combativité ne prouvent rien d’autre que leur monstrueux cynisme.

Alors la manifestation a eu lieu ce samedi 21 octobre. Partis à plusieurs centaines, avec des banderoles en arabe, en français, en pashto, en anglais aux cris toujours renouvelés de « Liberté, Hourriya, Azadi », « Solidarité », « No Dublin », « Des papiers, pas des policiers, des logements, pas des policiers ». Malgré les conditions, malgré le manque de moyens, la manifestation a grossi jusqu’à atteindre le millier de manifestantEs parcourant La Chapelle, Barbès, Château-Rouge jusqu’à la mairie.

Pour dire à la mairie, celle de Paris et celle de l’arrondissement, qu’on n’est pas dupes. Que depuis maintenant deux ans la mairie de Paris fait le forcing au niveau international pour convaincre qu’elle a les moyens d’accueillir des centaines de milliers d’étrangers, notamment autour de la porte de La Chapelle… pour les prochains JO. Mais que la même mairie prétend qu’elle ne peut rien pour héberger quelques milliers de migrants et les mal-logés et sans-abris. Une mairie et un gouvernement qui « foutent le bordel » dans nos quartiers et saisissent tous les prétextes pour y développer le « harcèlement policier ».

Nous avons manifesté pour refaire de la rue un espace de vie, d’échanges, de circulation, de contestation et de solidarité. Pas un espace hostile pour dormir la nuit.

Une manifestation ne suffira pas et les migrantEs sont toujours à la rue. Un peu plus sûrs cependant que ce qu’ils demandent n’est pas la charité mais leurs droits. Qu’ils ne sont pas seuls. Et nous un peu plus sûrs que leur combat est un enjeu pour touTEs. Incontournable.

Denis Godard

 

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