MigrantEs : des prises de position et des débats salutaires à gauche

En juin dernier, unE migrantE sur sept est mortE en tentant la traversée de la Méditerranée, sous les yeux du gouvernement français qui, au lieu d’aider, participe au sabotage du dernier bateau qui assurait des sauvetages. Peut-être fallait-il en arriver à ce niveau d’horreur pour que la gauche dégaine analyses et prises de position sur les politiques migratoires. 

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir, sans arrière-pensée, de voir que les prises de position à gauche se multiplient pour dénoncer la politique migratoire du gouvernement et de l’UE. 

Des prises de position bienvenues

Quand le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, écrit une tribune dans le Monde dénonçant les entraves à la circulation, prônant la régularisation des travailleurs sans-papiers et la lutte pour l’égalité des droits, cela facilite le boulot pour touTEs les syndicalistes, pour mobiliser leur section syndicale ou l’union locale au côté des migrantEs. Car nous savons que le racisme progresse dangereusement au sein même de notre classe et dans nos quartiers.

Quand Edwy Plenel écrit que « la question des migrants est l’épreuve décisive pour les gauches qui se réclament de l’émancipation des peuples et de l’égalité des droits » et que 150 artistes, chercheurEs, journalistes, syndicalistes disent que « la liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité », cela contribue à un des aspects de la lutte antiraciste qui est de rendre les idées de solidarité, d’égalité et d’internationalisme, « normales », « basiques » et majoritaires au sein de la société, et de marginaliser ainsi les racistes.

Quand le démographe François Héran démonte les fantasmes de la « submersion migratoire », de la « ruée vers l’Europe » ou du « grand remplacement », et quand Romaric Godin, journaliste économique, détricote, Marx et études empiriques à l’appui, les arguments qui expliquent que l’immigration provoque une baisse des salaires ou que les patrons sont favorables à l’ouverture des frontières, cela nourrit et renforce les bases de nos luttes.

Des préjugés ancrés à gauche

Ces arguments sont d’autant plus importants qu’ils répondent, de fait, à une bonne partie de la gauche, celle qui était au gouvernement hier et celle qui aspire à gouverner demain. Sur Mediapart, la tête de liste de La France insoumise aux élections européennes, Manuel Bompard, justifie sa non-signature de l’appel des 150 par la nécessité de combattre la mondialisation capitaliste plutôt que les frontières. Alors que, comme Godin l’explique, frontières et globalisation néo­libérale marchent d’un même pas, le refus d’ouvrir les frontières ne vise qu’à s’adapter aux arguments racistes d’une partie de la société… et aux besoins du Capital.

C’est aussi sur Mediapart (28 septembre) qu’un autre membre de La France insoumise, Samy Joshua, feint de « prendre de la hauteur », en citant Marx, Lénine et même Kollontaï pour s’appuyer en fait sur le réformisme de Jaurès et finalement défendre le programme… de la FI. Le problème étant que, au passage, Johsua entérine tous les préjugés, de l’idée que « l’accueil coûte cher » à celle que le déterminant des salaires est la taille de la main-d’œuvre. De manière, il faut le dire, scandaleuse, il défend même comme première mesure une « répartition » des migrantEs entre pays de l’UE…

Construire les luttes et les solidarités

Alors oui, nous ne pouvons que nous réjouir de la montée au créneau d’une partie de la gauche. Cela ne nous oblige pourtant pas à la naïveté. S’il vaut mieux tard que jamais, il faut aussi que ces prises de position ne soient pas uniquement temporaires. Pour cela il nous faut aller plus loin :

– Les attaques racistes et les politiques anti-migratoires ne sont pas que conjoncturelles. Pour le dire autrement, il ne s’agit pas seulement de démagogie électorale. Elles sont liées au renforcement de l’État autoritaire, des nationalismes et du militarisme. Plus globalement de l’impérialisme. C’est cela qui impose de combattre dans un même mouvement les frontières, celles de l’UE comme celles de la France, et la domination du Capital. 

– Plus que jamais la lutte contre le racisme et pour l’égalité des droits devrait avoir comme présupposé la nécessité que les premierEs concernés en soient acteurs et actrices centraux. Car les premiers lieux de l’égalité et de l’émancipation sont ceux de la lutte elle-même.

– Les débats, les tribunes et les programmes c’est bien, mais ils ne peuvent que servir de point d’appui. La seule chose qui peut faire reculer le racisme, c’est l’expérience de la lutte commune, concrète, contre les politiques discriminatoires et pour l’égalité. Et la seule chose qui peut mettre fin aux mortEs en Méditerranée et aux humiliations, sera ce que l’on imposera par nos luttes et ce que l’on construira par nos solidarités.

Denis Godard

 

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