Migrant-e-s : Quand les étudiantEs étrangers prennent d’assaut l’Europe forteresse

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Antiracisme
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Et si Macron était pire que Sarkozy ? L’ancien président de la République semblait être le symbole du charter, de l’immigration choisie et de la politique raciste jamais égalable. Pourtant c’est chose faite.

Macron a annoncé vouloir, au cours du 1er semestre de l’année 2018, « refonder entièrement notre droit d’asile ». En résumé ? Doubler à 90 jours la durée de la détention en centre de rétention administrative (CRA), expulser plus que les 10 % de migrantEs « dublinés » actuels (réfugiéEs dont on a pris les empreintes dans un autre pays européen avant d’arriver en France), condamner pour délit de solidarité à tout va… Sarkozy prétendait vouloir une « immigration choisie », en vidant les anciennes colonies françaises des étudiantEs les plus diplômés ; Macron va plus loin : depuis septembre 2017 aucune préfecture d’Île-de-France ne délivre de régularisation sous le titre visa étudiant…

Coordination et auto-organisation

Face à ces blocages institutionnels auxquels ont dû faire face les étudiantEs sans-papiers, la question de créer un rapport de forces à travers une mobilisation s’est imposée. À l’initiative du Réseau universités sans frontières (RUSF), depuis novembre 2017, plusieurs rassemblements (16 et 30 novembre, 1er décembre à Paris 8, 30 décembre devant l’antenne de la préfecture à la Cité universitaire, etc.) et assemblées générales ont été organisés avec les concernéEs et leurs soutiens. Petit à petit, à l’initiative de RUSF Paris 1, la mobilisation a pu s’étendre sur d’autres universités, permettant une convergence des luttes sur la région parisienne.

Cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique positive. On peut voir une avancée qualitative des discussions, tant sur les manières de massifier le mouvement tout en le rendant plus visible, que sur l’auto-organisation effective des étudiantEs sans papiers. Lors de la dernière AG du 22 janvier, 11 universités (Paris 1, Paris 4, Paris 7, Paris 8, Paris 10, Paris 13, Inalco, Saint-Quentin, Villetaneuse, Science Po, Paris Sud) étaient représentées avec une prise de contact entre soutiens et concernéEs. Ce qui favorise l’organisation de l’activité sur ces facs, mais aussi une volonté d’accroître l’auto­-organisation par des diffusions de tracts et des interventions dans les amphis et les salles de cours, avec la création de banderoles, de chants, etc. De plus, suite à l’intervention d’une étudiante sans-papier, avec la possibilité d’organiser une réunion non mixte d’étudiantEs étrangerEs et la possibilité d’établir par eux-mêmes leurs revendications, l’auto-­organisation se construit.

Convergence nécessaire

Néanmoins, il y a toujours des difficultés à ce que le mouvement soit visible sur les universités parce que cette mobilisation se fait sans réel appui des autres organisations universitaires. Ainsi, la lutte contre le plan étudiant ne saurait se faire en oubliant les plus oppriméEs d’entre nous qui, dans de nombreuses universités, sont illégalement refusés à l’inscription s’ils ne peuvent fournir un titre de séjour en règle. 

Si cette mobilisation exemplaire nous donne à réfléchir quant aux actions en soutien aux sans­-papiers, elle ne saurait inverser le rapport de forces qu’en convergeant et en s’inscrivant dans un front large, animé par l’ensemble des activistes que le gouvernement aimerait tant faire taire. La manifestation du 17 mars, appelée par des collectifs de sans-papiers, de migrantEs et de familles mobilisées contre les violences policières, est une perspective à défendre dans chacun de nos quartiers, de nos lieux de travail et de nos lieux d’études.

Gaël (Paris 1) et Fatou (INALCO)

 

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