Macron : son État, ses bombes et ses frontières

Après la journée nationale du 7 avril, il y a eu multiplication de rassemblements les 14, 15 et 16 avril, alors que la loi asile-immigration passe à l’Assemblée nationale.

De nouvelles villes comme Rouen et Grenoble se sont mobilisées avec plusieurs centaines de manifestantEs. Une nouvelle manifestation a eu lieu à Paris, regroupant presque autant que le 7 avril malgré la présence moindre des collectifs de sans-papiers non impliqués dans sa préparation.

Apathie de la gauche

Pour Macron qu’importe. L’humanité qu’il revendique est celle de l’assassin qui justifie son crime par le bien de ses victimes.

Il l’a rappelé à la télé dimanche soir. S’il bombarde en Syrie c’est pour le bien de la population. S’il rend mortelles les frontières pour les migrantEs qui fuient les bombes et la misère, c’est pour leur éviter d’avoir à se faire expulser. S’il crée des conditions terribles aux survivantEs c’est pour leur faire comprendre qu’il vaut mieux ne pas venir.

Mais il a surtout appuyé son bien nommé Collomb, ministre de l’Intérieur, sur la « submersion migratoire ». Demain reprendra-t-il aussi les thèses fascistes du « grand remplacement » ?

Macron illustre ainsi les propos du sociologue Abdelmalek Sayad en 1999 : « Penser l’immigration c’est penser l’État. » C’est le projet de loi asile-immigration qui illustre et caractérise le mieux l’État Macron : autocrate, policier et raciste.

Cela rend d’autant plus obscène l’apathie de la gauche et du mouvement social sur cette question. Bien sûr, le temps du débat à l’Assemblée, quelques écharpes tricolores d’éluEs vont parler devant les micros et il y aura des prises de position, des communiqués indignés. Cela ne suffira pas. Car ce qui est en jeu, ce sont les bases sur lesquelles se construit le mouvement actuel.

Le mouvement social est une chance

Comme le disait Sayad, la visibilité et les revendications des migrantEs sont des « hérésies de la politique », tant celle-ci est liée à l’ordre national, base de l’ordre existant, tant les migrantEs sont organiquement la négation des frontières et de cet ordre.

Cela explique la paralysie de la gauche. Après tout : Mélenchon s’est donné pour mission de réhabiliter le patriotisme. Plus inquiétante est la tonalité parfois « bleu-blanc-rouge » des appels à « faire la fête à Macron » le 5 mai et l’absence totale de la question migratoire dans les différents cadres « unitaires » qui se créent. 

Le mouvement social est une chance : il faut combattre pour que ces conceptions « nationales » ne le dominent pas. Il en va de son avenir et donc de notre avenir à touTEs. Ce n’est pas un hasard si c’est sur la question de cet « ordre national », sécuritaire et raciste, que se fait la ligne de démarcation la plus claire avec le Front national qui feint de soutenir la colère sociale mais s’indigne du « laxisme » de Macron sur l’immigration.

La « convergence des luttes » sera bien éphémère si elle se construit sur des rencontres accidentelles, sur la simple convergence des résistances. La coordination des attaques de la part du pouvoir a une logique : celle du renforcement de l’ordre existant et de ses intérêts. 

On ne le vaincra pas sans perspective de rupture avec cet ordre dominant, sans remise en cause du cadre national de la politique, sans lutte contre Macron et son monde : son État, ses bombes et ses frontières.

La loi asile-immigration sera finalisée au Sénat en mai. Il reste un mois pour faire que le mouvement en fasse un enjeu majeur.

Denis Godard

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