Loi asile-immigration : on ne gagnera pas sans les sans-papiers !

La bonne nouvelle des manifestations qui ont eu lieu dans plusieurs villes le 7 avril contre le projet de loi asile-immigration c’est la mobilisation des migrantEs. La mauvaise c’est leur marginalisation par le mouvement global.

Ce serait l’erreur à ne pas commettre alors que la révolte revient dans les rues : que le mouvement fasse de la lutte des migrantEs un combat annexe et marginal et des ­migrantEs des tirailleurEs isolés. Oubliés.

Bonne nouvelle

À Paris et à Rennes au moins, à Lyon, Toulouse et Caen, dans une moindre mesure semble-t-il, ces manifestations ont été marquées par la présence des migrantEs. 

À Paris la manifestation a même été largement dominée par la pluralité et la combativité des collectifs de sans-papiers, la présence de résidents des foyers et des collectifs locaux de solidarité militante. Elle a repris le parcours de la « honte à ce pouvoir qui fait la guerre aux sans-papiers ». De La Chapelle à République, en passant par Stalingrad, le quai de Valmy ou gare de l’Est, c’est le parcours des campements et des expulsions de ces dernières années, des espaces désormais interdits, grillagés, surveillés. Mais c’est aussi le parcours des luttes et des solidarités qui se sont mises en place. Lors du dépôt du trajet la veille, la préfecture savait déjà qu’il s’agirait essentiellement d’une manifestation des collectifs de sans-papiers. Mais elle prévoyait 200 à 300 manifestantEs. Il y en a eu entre 10 et 20 fois plus à l’arrivée sur le boulevard de Magenta qui conduit à République.

Mauvaise nouvelle

La mauvaise nouvelle c’est la faiblesse, quand ce n’est pas leur absence, de l’essentiel des courants qui se mobilisent actuellement contre ce pouvoir.

La communication des politiques antimigratoires s’exprime par le slogan cynique du pouvoir « humanité et fermeté ». Normaliser des critères et des quotas de régularisation et de places « d’hébergement » sert à normaliser l’autre face, essentielle : la machine à contrôler et à réprimer, l’extrême précarité et la menace de mort.

C’est foutre dans tous les cerveaux l’idée que la norme n’est pas la vie mais la survie. Celle-ci n’est plus un droit mais un privilège. Une prime de risque. Allez défendre ensuite qu’un revenu décent, le logement ou la santé sont des droits ! Allez contester la sélection à l’école ou à l’université ! 

Contre l’assignation à identité et à résidence

Pour légitimer ce projet de société rêvée du Capital, il faut déshumaniser les migrantEs, les réduire au statut d’objet et faire de celles et ceux qui se lèvent des dangers. Parce que leur simple revendication d’êtres humains qui circulent et exigent l’égalité des droits là où ils et elles s’arrêtent est la négation d’une société qui cherche à nous réduire tous et toutes à des particules fragmentées, jetables, marquées et contrôlées, assignées à identité et à résidence par l’État à disposition des exigences du Capital.

La conclusion est limpide : il n’y aura pas de révolte qui puisse aboutir sur la durée, soit-elle celle des cheminotEs alliés aux étudiants et aux zadistes, sans les migrantEs, les exiléEs, les sans-papiers, sans que leur revendication de liberté de circulation et d’installation ne devienne celle de toutes les composantes du mouvement. 

Denis Godard 

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.