Et en même temps, Macron est raciste

Qu’on se le dise : l’offensive raciste macronienne de rentrée est en marche ! Cette écœurante opération n’est pas une nouveauté. Elle est même la énième du genre et pas la plus vaste, Sarkozy ayant battu tous les records en son temps. Mais elle mérite toute de même une rapide explication.

De manière immédiatement dispersive et diversive, elle répand une nuage de contre mesures pour reléguer au second plan la question des retraites. Il faut toujours entretenir le zapping médiatique, d'autant que le pouvoir a bien compris qu'il devait laisser le temps au temps sur cette explosive question. D’ailleurs, renseigné des bienfaits publicitaires, dilatoires et confusionnistes du « Grand débat » du printemps, Macron a déjà lancé une seconde saison de son one man show présidentiel afin de repousser le vote final de la loi après les élections municipales de mars 2020. Trivialité de la communication politique comme de la gestion quotidienne de l'agenda médiatique, voilà ce qu'il en est de l'écume pragmatique et opportuniste de cette opération. 

Faux choix bipartite

À l'opposé, on connait bien le courant de fond qui sous-tend objectivement cette opération, lequel tient aux coordonnées et à la trajectoire de toute une période historique. Parce que chaque nouveau recul social doit être imposé avec des idées, valeurs, méthodes et institutions de plus en plus discréditées et décomposées par l'effet corrosif du précédent, la réaction antisociale est inséparable de la réaction antidémocratique et idéologique dans une fuite en avant globale et objective. L'affrontement entre les progressistes et les populistes n'en n'apparait dès lors que plus fictionnel et dangereux à la fois, tant il fonctionne comme la nouvelle forme de faux choix bipartite à l'heure du néolibéralisme pourrissant et du dépassement tant désiré de l'opposition entre droite et gauche, dans une offre d'alternance moins réelle que jamais où les premiers ne sont même pas un rempart aux seconds mais bien plutôt leurs paveurs cyniques au pire, munichois au mieux.

Mais c'est finalement au milieu des profondeurs, dans la houle de la politique électorale comme forme sublimée de la construction de sa base sociale et de l'unification de la bourgeoisie qu'il faut chercher le sens spécifique de cette opération. Certes, singer le discours du RN permet justement d'approfondir le très dialectique tête-à-tête des alliés objectifs que sont Macron et le Pen dans la course électorale et la (re)structuration d'un espace politique décomposé. Mais bien que les deux hommes entretiennent des proximités de parcours et de profil, bien que le premier ait appelé le second au secours au plus fort de la crise des Gilets jaunes et que des liens plus ou moins ouverts soient maintenus, Macron ne tente pas vraiment de réitérer l'opération de siphonnage sarkoziste des voix lepénistes de 2007, cette ancestrale tactique que l'on nomme désormais pompeusement « triangulation ».

L’électorat de Fillon pour cible

C'est que sa déconfiture lors de la présidentielle de 2012 puis lors de la primaire de 2016 a démontré ce que l'on savait dès le départ : Sarkozy le bluffeur avait grillé son joker vis-à-vis du « peuple de droite », et plus jamais on ne pourrait préférer la copie à l'original. Plus encore et au présent, l'abyssale fracture de classe violemment et crânement creusée par Macron entre lui et la quasi totalité du prolétariat empêche justement toute reconquête de celui qui est devenu « Jojo le Gilet jaune », a fortiori s'il a déjà vécu la déconvenue sarkoziste et se trouve désormais solidement ferré par le RN.

C'est donc un autre électorat que Macron continue et doit finir de séduire après un premier succès aux européennes. Cet électorat se compose des 20% d'enragés ayant symptomatiquement sombré avec Fillon en 2017. Il s'agit de ce bloc réactionnaire (petit-)bourgeois, vieux et souvent catholique, au cœur duquel siège la fraction la plus bête et arriérée de la bourgeoisie française, que le jeune impétrant pseudo-progressiste ne pouvait convaincre au départ mais dont la politique clientéliste, ultra-libérale et répressive, assortie d'une morgue de classe sans pareil, a fait progressivement apparaître comme le gendre idéal. Autrement dit : Fillon en mieux, tant on a vite oublié que ce dernier aurait probablement gagné en 2017 si la justice ne l'avait rattrapé. Car cet électorat borné ne connaît finalement que son intérêt bien compris, pour peu qu'on lui susurre les mots doux de l'idéologie dont il se soutient subjectivement dans une mélange paradoxal de suffisance et de conjuration : la supériorité indissociable de la classe et de la race. 

Sylvain Madison

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