À Calais, dans toute l’Europe, solidarité avec les migrantEs

Comment unir des nations qui ne sont que le pendant politique d’un monde basé sur la concurrence entre capitaux ? La réunion à New York sur les migrantEs a illustré que l’ONU est bien un parapluie qui ne s’ouvre que quand il ne pleut pas.

Lorsque certaines nations s’unissent, c’est contre d’autres. Et plus le temps se couvre, plus la concurrence entre capitaux s’intensifie, et plus ces alliances se modifient au gré des intérêts propres à chaque nation. Ou, ce qui revient au même, aux classes dirigeantes de chaque nation.

L’Union européenne s’est un peu plus délitée lors d’un autre sommet, le 16 septembre à Bratislava, enterrant l’idée même d’une répartition des réfugiés, c’est-à-dire d’une politique commune mais accentuant le renforcement des frontières.

Quoi d’étonnant ? Ces derniers mois, de la Hongrie à l’Allemagne, en passant par l’Autriche, la Pologne et l’Allemagne, tous les gouvernements ont évolué vers plus de racisme et de nationalisme sous la pression de campagnes centrées sur la question des migrantEs. La France est sur la même dynamique. Valls parle « identité nationale », Montebourg « protectionnisme » et Mélenchon « patrie ». Sarkozy surenchérit : « nous ne contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation », Et Marine Le Pen n’a plus qu’à se baisser pour ramasser la donne.

Ce monde ne tiendra pas. Et les migrantEs n’en sont pas la cause. Ils et elles en sont le symptôme. Et les premières victimes. Les plus scandaleuses. Mais nous perdrons cher à ne pas nous en alerter et agir.

Les premières victimes

À Calais, vendredi dernier, un Afghan de 14 ans est mort sur la rocade, percuté par un véhicule qui ne s’est pas arrêté. Ni avant ni après. Le crime est encore honteux. Jusqu’à quand ?

Parmi les 10 000 migrantEs actuellement sur la « jungle », plus d’un millier sont des mineurs isolés. Mais le pouvoir va détruire la « jungle ».

Ce lundi, le ministre de l’Intérieur s’est vanté d’avoir expulsé 30 migrants de Calais. Ajoutant qu’il y a eu 56 vols groupés depuis le début de l’année et 1 384 « personnes en situation irrégulière éloignées du territoire national depuis Calais ».

Dans la nuit de lundi à mardi, le campement de migrantEs à Lesbos en Grèce a brûlé. Pour les autorités, cela ne fait aucun doute, ce sont les migrantEs eux-mêmes qui ont mis le feu. En cause, l’annonce d’une expulsion massive vers la Turquie. Quand la vie humaine n’est pas même reconnue, la mettre en jeu est la dernière arme des réfugiés...

Les révélateurs

Dans le monde des nations il n’y a pas d’êtres humains. Les « droits de l’homme » sont une fiction. Voilà ce que révèlent les migrantEs. Dans chaque nation, n’existent (de plus en plus inégalement...) que des « droits du citoyen ». Dans ce monde, les migrantEs n’existent pas parce qu’ils n’existent pas politiquement.

Chaque mort en Méditerranée, chaque campement de migrantEs affirme un peu plus cette contradiction entre existence humaine et existence politique. Au point que la logique de renforcement et d’affirmation des nations est une logique qui vise, dans le même temps, à supprimer (y compris physiquement) la visibilité des migrantEs et à limiter tout ce qui conteste l’ordre des nations et du capital. L’état d’urgence est tout sauf un accident, un détour.

En 1951, la philosophe Hannah Arendt, réfugiée aux États-Unis pendant la guerre, concluait ainsi un texte montrant la contradiction entre droits de l’homme et État-nation à partir de la situation des réfugiéEs : « Le danger est qu’une civilisation globale, coordonnée à l’échelle universelle, se mette un jour à produire des barbares nés de son propre sein à force d’avoir imposé à des millions de gens des conditions de vie qui, en dépit des apparences, sont les conditions de vie de sauvages. » Nous y sommes.

Pas d’autre voie

La voie des nations, celle des frontières, sera la voie du sang, celle du suicide des peuples. Calais comme la Grèce en est le symbole. La mort des migrantEs est celle d’une ville, d’un pays, d’un monde.

Il n’existe qu’une autre voie, celle de l’unité, de l’internationalisme concret, immédiat, contre les frontières et contre la logique du capital. À Londres ce samedi 17 septembre, plus de 20 000 manifestantEs ont défilé pour l’ouverture des frontières, pour l’accueil des réfugiéEs.

À l’appel de la Coalition internationale des sans-papiers et migrants, nous serons à Calais ce samedi 1er octobre, aux côtés des migrantEs de la « jungle », parce que nous voulons conjurer la catastrophe.

Denis Godard

Pour la manifestation du 1er octobre, notamment les départs depuis Paris, plus d’informations : https://paris.demosphere.eu/rv/49902

 

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