16 mars : nous n’enterrerons plus nos mortEs et la planète en silence !

Retour sur la marche contre le racisme et les violences policières du samedi 16 mars, insérée dans une mobilisation globale contre Macron et son monde.

Vendredi 15 mars, 50 personnes sont massacrées en Nouvelle-Zélande par un fasciste inspiré par des thèses de l’extrême droite française qui avaient été relayées, entre autres, par Collomb, alors ministre de l’Intérieur de Macron. Ce même jour des dizaines de milliers de lycéenNEs font grève et manifestent en France. Le monde, notre monde, Macron s’en fout, il part en week-end au ski.

Gigantesque indécence

Samedi 16 mars, plus de 100 000 manifestantEs sont dans Paris, pour la justice sociale et climatique, contre le racisme et les violences policières. Le monde, notre monde, Macron s’en fout, il est sur les pistes de ski.

En fin d’après-midi, les stores du Fouquet’s, restaurant emblématique des riches sur les Champs-Élysées, se mettent à brûler. Ce monde-là, son monde, Macron ne s’en fout plus, il interrompt son week-end au ski et rentre sur Paris en urgence. 

Son indécence, relayée par les grands médias, est bien sûr gigantesque. Mais le signe s’inverse. Tout Paris danse alors sur cette indécence.

Parce que le Fouquet’s et les autres magasins de luxe aux vitres brisées ne sont qu’un signe d’une colère et d’une riposte globale qui s’expriment et se construisent dans tout Paris.

Un peu après midi, des milliers de Gilets jaunes arrivent des Champs pour rejoindre, place de la Madeleine, des cortèges qui arrivent de partout pour la Marche des Solidarités, cortèges de familles de victimes des violences policières et de collectifs de sans-papiers, cortèges de quartiers mais aussi postierEs en grève du 92 ou membres de la CGT-Energie.

Avant de démarrer, la Marche a observé une minute de silence pour nos frères et sœurs, enfants, mortEs en Nouvelle-Zélande victimes de toute cette logique que nous combattons, victimes de l’islamophobie, du racisme d’État.

Lorsqu’à 15 heures les cortèges posent le genou à terre, poing levé, nous mêlons dans l’hommage les jeunes de nos quartiers tués par la police, les dizaines de milliers de migrantEs tombéEs sur les routes de la migration, les blesséEs du mouvement des Gilets jaunes, toutes les victimes de la violence d’État et de toutes les formes de racisme qu’elle génère.

À Opéra, la Marche des solidarités a traversé une place noire de monde. Elle a pris alors la tête d’un immense cortège devant la Marche du siècle pour la justice sociale et climatique.

Des brèches sont ouvertes

Comme un symbole de la convergence quand elle devient bien plus qu’une addition des causes pour commencer à prendre au cœur même de la dynamique de la révolte : malgré la foule, la première partie de la Marche a réussi à traverser la place. Puis des manifestantEs venuEs pour la Marche du siècle se sont intégrés dans la Marche des solidarités, tandis que des cortèges de la Marche des solidarités, dont des collectifs de sans-papiers, se retrouvaient derrière les banderoles de la Marche du siècle.

Ce sont alors plus de 100 000 personnes qui ont défilé. Symbole du travail commun fait en amont, les thématiques de la Marche des solidarités, longtemps marginalisées au sein du mouvement social, étaient cette fois devant. À Barbès, la Marche qui a continué, est fêtée par les slogans contre Bouteflika de centaines de jeunes AlgérienEs.

Alors à 17 h 30, les flammes partant des stores du Fouquet’s sont devenues le symbole d’une colère partagée massivement. Symboles aussi qu’en face du monde obscène des riches et du pouvoir des brèches sont ouvertes pour une riposte globale. 

Car à la même heure, Ramata Dieng et Assa Traoré, sœurs de deux jeunes tués par la police dans nos quartiers, prennent la parole à République à l’arrivée de la Marche du siècle tandis que Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace, prend la parole au côté de représentants des foyers, de sans-papiers et de familles de victimes des violences policières à l’arrivée de la Marche des solidarités à Stalingrad. Avec, sur les deux places, des Gilets jaunes.

À vous qui pleurez le Fouquet’s pour expliquer que votre monde est en danger, voici ce que vous dit le 16 mars : nous n’enterrerons plus nos mortEs et la planète dont ils et elles font partie en silence, c’est notre manière, la meilleure et la seule de leur redonner vie.

Denis Godard

 

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