Allemagne : des salaires sans éclat

La presse bourgeoise aime bien évoquer des « victoires » du syndicalisme… surtout quand ces victoires sont en demi-teinte, pour accréditer l’idée que demander plus serait alors irresponsable ou utopique. « La victoire d’IG Metall » écrivait ainsi le Monde fin février suite à l’accord signé par le syndicat sur la question salariale...

Affiliée à la confédération quasi unique DGB, la fédération de la métallurgie IG Metall représente quelques 2,27 millions de membres (avec une croissance de + 110 000 adhérentEs au cours de l’année 2014). Plus d’une structure syndicale en Europe en rêverait, bien que IG Metall dise aussi qu’au mieux, « un membre sur cent est unE militantE », les autres se comportant comme des adhérentEs qui s’affilient à un syndicat tout comme ils adhéreraient à une assurance...

Croissance positive, salaires en berne
Alors que plusieurs sources prédisent à l’Allemagne un taux de croissance proche de + 2 % pour l’année en cours, la question des salaires revient fréquemment sur le tapis. Jusque-là, la croissance était souvent tirée par les exportations, alors que les rémunérations dans certains secteurs d’activité en Allemagne (hors ouvriers hautement qualifiés ou spécialistes) sont parfois très basses. Le ministre des Finances conservateur, Wolfgang Schäuble, s’était d’ailleurs prononcé au printemps 2013 pour des augmentations salariales afin que les rémunérations puissent constituer une « seconde locomotive » (selon les termes utilisés par certains économistes) de la croissance, à côté des exportations.
Le gouvernement de « Grande coalition » a par ailleurs introduit pour la première fois un salaire minimum légal, qui existe depuis le 1er janvier 2015, mais comporte encore de nombreuses exceptions et laisse (entre autres) subsister des minima conventionnels inférieurs au minimum légal. Et ce n’est que dans deux ans, à partir de début 2017, que ce salaire minimum légal sera vraiment généralisé… cela alors que des secteurs de la droite veulent créer des exceptions et des dérogations.
Les regards sont donc naturellement tournés vers les négociations syndicales, pour voir si elles réussissent à obtenir de l’oxygène pour les travailleurEs, si possible au-delà de ce que le patronat voudrait lui-même accorder aux salariéEs en vue de soutenir la croissance. À cet égard, l’article du Monde présente une vision triomphaliste : « Le syndicat de la métallurgie fait grise mine », même si l’article précise par la suite que ce dernier « n’est pas à plaindre », non plus...

Un accord en demi-teinte
Un accord a été conclu entre IG Metall et le patronat de la métallurgie le 24 février dans la région du Bade-Wurtemberg, une région de forte industrie qui sert souvent de région-pilote dans les négociations (les résultats étant étendus partout à la suite). Cet accord donne une augmentation salariale de l’ordre de + 3,4 %, cela sans qu’il y ait vraiment eu un affrontement de taille pour l’obtenir, même s’il y a eu des débrayages d’avertissement dans plusieurs régions la semaine précédant la conclusion de l’accord.
Mais la durée de l’accord n’est pas de 12 mois, comme c’est souvent le cas pour les accords collectifs en matière salariale, mais de 15 mois. Il court en effet rétroactivement depuis le 1er janvier dernier, et jusqu’à la fin mars 2016. Or, l’augmentation salariale, elle, ne prendra effet qu’au 1er avril 2015. Pour les trois premiers mois de 2015, les salaires n’augmentent donc pas, mais une prime unique à hauteur de 150 euros est versée pour compenser le manque à gagner. Mais cette prime unique ne rentre ni dans l’assiette de calcul des cotisations sociales, ni dans celle des futures évolutions salariales. Ce qui fait écrire à l’économiste keynésien Heiner Flassbeck que « l’augmentation est en réalité de l’ordre de + 2,72 % », si on ramène l’augmentation à la durée de l’accord. Et si on prend en compte le fait que les institutions européennes souhaitent elles-mêmes des augmentations de + 1,9 % en moyenne dans les pays membres afin de ne pas tomber en « déflation » (inflation négative), on mesure que le résultat n’est pas si faramineux que ça...
Par ailleurs, l’accord prévoit quelques mesures d’ordre qualitatif, notamment concernant le temps partiel des seniors préparant leur retraite. Cela devrait concerner environ 4 % des effectifs. Le groupe syndicaliste progressiste « Daimler Alternativen » à Hambourg écrit que c’est une bonne idée sur le principe, mais que les conséquences matérielles pour les collègues concernés seront « des retraites très basses, parfois proches du minimum en matière de retraite »...

Bertold du Ryon

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