Allemagne : Accueil et contrecoups pour les réfugiéEs

Rappelons-nous les images récentes à la télé : des centaines de personnes se rassemblant dans les gares de Munich, Francfort, Cologne et dans d’autres villes, pour applaudir les réfugiéEs descendant des trains.

Boissons, victuailles, et volontaires pour trier et distribuer des vêtements, s’occuper des enfants, donner des cours d’allemand ou rendre mille et un services. C’est bien un mouvement en profondeur qui continue à se développer. Des clubs de foot organisent des équipes internationales composées de réfugiéEs et les intègrent dans les ligues à différents niveaux. Des milliers de gens, en dehors des structures établies (associations et organisations politiques), s’organisent spontanément pour aider les réfugiéEs. Coude à coude avec les militants antifascistes, de la gauche radicale, révolutionnaires, beaucoup de jeunes, incluant beaucoup de jeunes immigréEs ou d’origine extra-allemande, s’engagent dans ce mouvement de solidarité de manière très concrète.

« Refugees welcome », ce slogan est venu au cœur du débat public. Mais d’autre part, les attentats et actions violentes contre les réfugiéEs se multiplient, et le mouvement Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) – commencée à Dresde – relève la tête. Il y a donc aujourd’hui une polarisation extrême dans la population, mais les sentiments de solidarité restent hégémoniques jusqu’à nouvel ordre.

Pour le gouvernement et la chancelière Merkel, qui a réagi en bonne politicienne, le triomphe a été de taille. Hier encore, Merkel et son ministre des Finances Schäuble étaient caricaturés avec la moustache d’Hitler ou le casque de la Wehrmacht, pour leur attitude ultra-dure contre la population grecque. Mais depuis les déclarations accueillantes de Merkel envers les réfugiéEs, les Allemands sont célébrés comme des incarnations du principe humanitaire et humaniste, le bon exemple avancé contre celui des Hongrois, Danois, Slovaques et autres brutes...

Qui est responsable de l’austérité ?

Pourtant, dans les faits, la politique du gouvernement allemand se durcit contre les réfugiéEs. Les murs de la forteresse de l’Union européenne sont renforcés par mille et une mesures, entre autres les prétendument « pays d’origine sûre », le tri entre les « bons » et les « mauvais » réfugiés (« économiques » ou « sociaux »).

De plus, le contrecoup et la rupture avec la solidarité se prépare. Ainsi, dans sa présentation du budget, Schäuble vient de combiner les milliards pour l’accueil et l’intégration des réfugiéEs... avec la consigne adressée à tous les ministères à réduire leurs dépenses : le dogme de la discipline de fer budgétaire, de l’endettement zéro, et donc de l’austérité, va reprendre de plus belle. Et dès que le coût de l’aide aux réfugiéEs va être associée à l’aggravation de la situation sociale des pauvres et des petits revenus, le sentiment de solidarité risque de reculer, laissant la place à l’hostilité.

Pour y remédier, il faut que les aspirations à la solidarité se généralisent à l’ensemble de la société, pour une répartition équitable des richesses, la réduction des inégalités, le droit à une vie décente pour tout le monde. Pour cela, il faudra aussi combattre l’évasion fiscale : les mille milliards d’euros annuels qui s’échappent de l’Union européenne vers les paradis fiscaux. Infiniment plus que les 12,5 milliards dépensés pour l’accueil des réfugiéEs avant la crise actuelle.

De Berlin, Manuel Kellner

L’auteur est membre de la direction de l’ISL (Gauche socialiste internationale), une des deux fractions publiques de la IVe Internationale en Allemagne, et membre de la rédaction du Sozialistische Zeitung (SoZ), publication proche de l’ISL.

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