11 janvier : et maintenant, on fait quoi ?

Il est sans doute encore trop tôt pour tirer toutes les conséquences des événements des 7, 8 et 9 janvier : un moment inattendu, sans précédent, qui concentre des phénomènes de décomposition sociale et politique. Face à ce choc, des milliers de personnes sont descendues spontanément dans la rue dès le mercredi 7 janvier et ensuite par millions le 11 janvier.

Dès les manœuvres de ­Hollande et Valls autour de la marche du dimanche (qui se rappelle qu’il s’agit au départ d’une manifestation à l’appel d’organisations antiracistes ?), l’imposition de la présence de Sarkozy, les petites attentions apportées à Le Pen, le NPA a dénoncé ces opérations. Comment appeler à manifester avec eux, derrière eux, pour la liberté d’expression et l’égalité des droits ? Et ensuite, quel scandale que les Netanyahou, Bongo, Orban et autres assassins des libertés aient été invités !

Cette manifestation parisienne était multiforme : certains étaient venus saluer les forces de l’ordre (en oubliant qu’il y a quelques semaines, ils avaient tués Rémi Fraisse), chanter la Marseillaise ou encore défendre « la République attaquée » par le terrorisme... D’autres au contraire – et sans doute les plus nombreux – sont venus manifester pour la liberté d’expression, contre tous les racismes, pour la solidarité.

Au-delà du sentiment de communauté nationale, la tentative de Hollande de « prendre la main » sur les manifestantEs a pour une large partie échouée, car les manifestations étaient loin d’être dominées par les politiques sécuritaires, bellicistes ou antisociales défendues par les saigneurs du monde présents à Paris.


En revanche, la majorité de la jeunesse « issue de l’immigration » n’était pas présente dans ces grandes manifestations. Les politiques anti-immigréEs, la stigmatisation de l’islam depuis quelques années par les gouvernements successifs, le sentiment de « deux poids deux mesures », en sont les principales raisons. La coupure est réelle, et nous devons la combattre.

Les droits démocratiques de la majorité
À l’heure actuelle, nous ne savons pas si et comment cette journée du 11 janvier a modifié les consciences, si le piège de l’union nationale va se refermer. Mais aujourd’hui, devant le danger de fracture de la société, les lois sécuritaires en préparation, la montée des actes racistes, il faut que le mouvement social et politique reprenne la main.

D’abord en luttant contre les politiques d’austérité et leurs conséquences sur les plus pauvres, les plus défavorisés. En luttant pour l’égalité des droits, en particulier pour le droit de vote pour les étrangerEs. En luttant contre l’islamophobie ainsi que contre l’antisémitisme, car tous les actes racistes doivent être dénoncés et combattus : pour le droit des musulmanEs à pratiquer leur religion, notamment la défense des mosquées lorsqu’elles sont attaquées ; la lutte aussi contre la résurgence de l’antisémitisme, des théories complotistes qui servent souvent de paravent à celui-ci... Même s’ils ne prennent pas les mêmes formes, ces deux combats sont désormais indissociables.

Dans ce contexte, face à la violence de la crise globale, il n’y a pas de raccourcis : pas d’autres perspectives que la mobilisation des classes populaires pour leurs droits, les droits démocratiques de la majorité, et la solidarité concrète.


Sandra Demarcq

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