Gouvernement : mise en scène des ambitions... contre les travailleurs

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L’échec de sa conférence sociale ne trouble guère le gouvernement : tout semble le combler d’aise... De Hollande à Montebourg en passant par Sapin et Valls, les uns et les autres se bousculent pour vanter les mérites des réformes et nous en annoncer de nouvelles. Pour la plus grande satisfaction de leur « amie, la finance ».

Dans ce ridicule empressement, Montebourg est le gagnant de l’étape. Son appel vibrant au « patriotisme économique » laisse loin derrière Valls et son « réformisme assumé », afin de « remettre en marche » une France « bloquée ». Mais les deux sémillants ministres rivalisent d’ardeur pour afficher leurs mêmes ambitions à servir le patronat et les banques.
Valls parle d’une « nouvelle séquence du quinquennat » depuis sa nomination, « Le président de la République a voulu marquer une nouvelle étape (…). Oui, il a voulu changer les choses ! », et de s’élancer : « Mes chers amis, enfants de la patrie, marchons, marchons, réformons, et ensemble redressons notre pays ! »
Tout cela pour défendre le Pacte de responsabilité, une « application plus intelligente et plus souple » du Pacte de stabilité européen. « Soutenir les entrepreneurs (...), soutenir la production, c’est aussi combattre la rente, l’argent qui dort, la spéculation. C’est cela aussi être de gauche ». Et d’annoncer « une baisse de l’impôt sur le revenu des classes moyennes », « 200 millions d’euros supplémentaires » pour relancer l’apprentissage, c’est-à-dire offrir aux patrons « une aide de 1 000 euros par apprenti ».

Les pitreries de Montebourg
Jeudi 10 juillet à Bercy, au lendemain de la dite conférence sociale, devant un parterre réunissant tout le gratin du monde patronal, politique et syndical, Montebourg déclamait sur la « feuille de route du redressement économique de la France » et les premiers éléments de la « loi sur la croissance et le pouvoir d’achat » annoncée pour septembre. Le but en sera de « réformer les mécanismes profonds de l’économie » en luttant contre « des phénomènes de rentes, de monopoles ». Pour lui aussi le jour de gloire est arrivé : il sonne la charge contre les professions réglementées. Sus aux huissiers, avocats, pharmaciens, opticiens et autres notaires... « Ce sera la bataille des Modernes contre les Anciens, la bataille de l’audace contre le conformisme, la bataille contre les révolutionnaires du statu quo » !
De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace : « cette union de tous les Français autour du made in France, cette bataille culturelle pour le patriotisme économique conduit la France peu à peu vers une transformation progressive de son modèle économique. […] Nous nous battons pour modérer nos coûts de production, nous nous organisons pour réinventer nos productions. » Tant de baratin  pour conclure à l’essentiel, faire baisser le coût du travail !
Des mots creux pour faire avaler une pilule amère : « c’est le moment de faire de cette politique un compromis historique populaire : donnez aux Français, en contrepartie, à voir votre sens patriotique, en créant de l’activité en France, en embauchant autant que vous le pouvez et en investissant dans votre appareil productif. » Voilà le patronat appelé au patriotisme !
Pierre Gattaz a quelques raisons d’afficher son sourire en coin. Avec de tels ministres si empressés à son égard, il y aurait presque de quoi être gêné. Et peut-être inquiet, car, à trop en faire, le peuple pourrait se rappeler aux ministres pour leur faire danser la Carmagnole...

Yvan Lemaitre